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ST’ART : L’APPLICATION QUI DÉNATURE LE STREET ART ?

C’est dans la petite ville de Dieppe en Normandie qu’est née l’application ST’ART. Créée par plusieurs artistes, elle permet de référencer toutes les œuvres de street art de la ville, mais aussi de Marseille, Lyon ou encore Brest et vise à figer cet art moderne. 

Un véritable catalogue d’art numérique

ST’ART est une application interactive recensant toutes les œuvres de street art de plusieurs villes. Les œuvres concernées vont des fresques murales, aux pochoirs, en passant par les graffitis et les collages ou encore les mosaïques. Celles-ci sont accessibles via une carte grâce à la géolocalisation ou via la liste d’artistes recensés. Elle permet également aux utilisateurs d’ajouter les œuvres qu’ils pourraient croiser. Ainsi, chaque passant possède l’opportunité d’enrichir l’application et les connaissances de chacun. Celui-ci peut enfin ajouter des œuvres, des événements ou des artistes à ses favoris pour suivre chaque actualité.  

Une éphémérité qui se perd

Le propre du street art est son caractère éphémère. Ici, l’application est créée par des artistes spécialisés dans cet art de rue ayant pour volonté de le démocratiser ; mais créer un catalogue ne revient-il pas à perdre l’authenticité d’une œuvre qui se voulait, au départ, temporaire ? L’artiste Banksy dénonce justement cette capitalisation du street art en autodétruisant son œuvre « Girl With Balloon » lors d’une vente aux enchères en 2018 car il tient absolument à garder la spontanéité et un certain degré d’anonymat intrinsèque à cet art. Reste à savoir si le catalogue numérique normand influera véritablement sur le parcours des curieux passants ou s’il fige et freine, à cause de ses photos, leur volonté de rencontrer une œuvre. 

Une obsession nouvelle pour l’art permanent

Dieppe n’est pas la seule ville désireuse de maintenir le street art dans le temps. Depuis quelques années, le marché de l’art s’arrache cet art éphémère et urbain, souhaitant le conserver coûte que coûte. Une vague de musées spécialisés dans le street art a surgit. Même si en une seule capture d’écran ou une photographie un « vandalisme » artistique peut devenir quasi permanent, cette volonté de faire passer l’art de la rue au musée questionne. Alors que certains visent la création d’une immense œuvre éphémère qu’il serait possible de visiter comme un musée à l’instar du « Dédale » du cours de Chazelles à Lorient (Morbihan), il s’agit pour d’autres de rendre compte du véritable potentiel artistique d’une œuvre en la replaçant dans un contexte profondément rattaché à l’art. Cependant, si le street art est si singulier, c’est avant tout car il épouse la rue, et non quatre murs blancs. Alors entre capitalisme et véritable volonté de promouvoir le street art, il n’y a qu’un pas. Le street art est pourtant perçu par davantage de monde lorsqu’il est dans la rue, à la vue de tous, plutôt que dans l’enceinte – parfois intimidante – d’un musée. L’objectif est alors tout simplement de toucher une autre partie de la population, celle qui considère qu’un art ne peut être crédible et considéré seulement dans un cadre précis. Cet art de l’espace public, souvent illégal, parfois dénonciateur, n’a donc pas fini de diviser les passionnés d’art et ceux qui souhaitent absolument le garder en vie. 

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