#SCIENCESPORCS : LES IEP DANS LA TOURMENTE

Après l’affaire Duhamel et la démission de Frédéric Mion (ancien directeur de Sciences Po Paris), c’est au tour des IEP de province d’être sous les feux des projecteurs. En cause, les nombreux témoignages d’étudiantes via le hashtag « #SciencesPorcs » décrivant les violences et agressions sexuelles dont elles ont été victimes. Des affaires qui détruisent à petit feu la réputation de cette école élitiste et prestigieuse. 

Entre agressions sexuelles et administrations aveugles

L’affaire démarre le 23 janvier. Des centaines d’élèves (majoritairement des femmes) témoignent sur le groupe Facebook « étudiant.e.s de Sciences Po Bordeaux » destiné à l’IEP de Gironde. Le nombre de témoignages prend de l’ampleur jusqu’à alerter des journalistes et lancer le hashtag « #SciencesPorcs ». La militante féministe Anna Toumazoff à la tête du compte Instagram @memespourcoolkidsfeministes et ancienne diplômée de l’IEP, prend en main ce mouvement pour partager et relayer les différents témoignages afin de dénoncer les administrations qui ne cessent de « laisser demeurer cette culture du viol ». #SciencesPorcs concerne à présent tous les étudiants issus des différents IEP. Juliette, 20 ans, étudiante à Sciences Po Toulouse, raconte avoir été violée par un autre étudiant durant son intégration en 2018. Si elle a attendu plusieurs années avant de s’exprimer, c’est parce que l’administration est perçue « comme des méchants » selon elle, mais aussi parce que la peur règne au sein de ces écoles élitistes : « J’avais décidé de tout enfouir en moi et de me forcer à oublier ». Bien que les administrations tentent parfois de régler certaines de ces affaires individuellement, le résultat est souvent superficiel et sans réelles conséquences pour les auteurs ce qui contribue au silence des victimes. Malgré le nombre important de témoignages au cours des années, elles semblent penser que ces faits sont anecdotiques et non un problème endémique alors que les cellules d’écoute ont été de plus en plus sollicitées à la suite de ce hashtag. Avant ce scandale, peu d’étudiants des IEP semblaient avoir connaissance de ces ressources mises à leur disposition et se muraient d’autant plus dans le silence, pensant n’avoir personne vers qui se tourner.

Les réseaux sociaux, un outil de diffusion inarrêtable

Instagram et Twitter ont eu un rôle non-négligeable dans la propagation du hashtag « #SciencesPorcs ». Ces réseaux sociaux faciles d’accès pour la jeunesse actuelle, facilitent et permettent de se confier anonymement ou non et de diffuser son témoignage en quelques clics. Entre milliers de j’aime, retweets, stories, et autres partages de messages et/ou de memes impactants, les « grands » de ces instituts perdent immédiatement une part de leur pouvoir et les administrations des IEP se sont trouvées impuissantes face à la force de frappe des réseaux sociaux.

Une affaire d’élites avant tout

Cette omerta s’impose bien au-delà des IEP. Les écoles dites « élitistes » désirant à tout prix maintenir leur bonne réputation se retrouvent coincées face à leur hypocrisie révélée aux yeux de tous. Renvoyer un étudiant, c’est potentiellement renvoyer un.e grand.e carriériste qui pourrait faire rayonner davantage l’école et priver ses futurs diplômes d’une connexion de plus. La journaliste Nesrine Slaoui, elle aussi diplômée d’un IEP, insiste sur Twitter qu’il ne s’agit pas que d’une affaire d’IEP, mais d’un tabou général dans l’enseignement supérieur. Ces établissements, destinés à construire le futur de leurs étudiants ne font en fait qu’étouffer certaines promesses d’avenir à cause d’un silence maintenu. 

« Si on n’est pas tous ensemble entre nous, ça ne va pas »

Le statu quo persiste dans ces établissements, car ils sont conçus de manière à réunir constamment les étudiants pour qu’ils puissent former une unité. (soirées, associations, clubs…). Selon une étudiante en Master à Sciences Po Toulouse, l’entre-soi fait partie des valeurs majeures de ces IEP, poussées notamment par l’administration, pour maintenir et projeter la meilleure image possible de l’école : « Si on n’est pas tous ensemble entre nous, ça ne va pas ». Elle ajoute que la pression liée aux séjours d’intégration est plus violente pour les filles puisque certains bizutages sont d’autant plus humiliants pour elles. Les administrations ne mettent rien en place pour sensibiliser les étudiants aux potentiels dangers de l’effet de groupe puisqu’il faut préserver l’esprit de l’école. Plus l’unité est maintenue, plus le silence règne et mieux les IEP se portent. 

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