Le 22 novembre dernier, Omar Sy poste sur son Instagram et son Twitter une courte vidéo parodiant la chanson « Doudou » d’Aya Nakamura avec le personnage masculin de « Doudou » créé pour l’émission « le SAV des émissions » diffusée de 2005 à 2012 sur Canal+. Plusieurs journaux dont OuestFrance ou le Figaro ont repris l’affaire. Les réactions de la presse et celles des réseaux sociaux ont surtout eu lieu dans la foulée et l’affaire ne s’est pas étalée au-delà d’une semaine. Mais on note une différence entre les réactions sur Twitter et Instagram.

Si j’écris un article sur ce sujet aujourd’hui, ce n’est pas pour réagir, attaquer Omar Sy ou les réactions diverses des internautes ni même soutenir un camp, mais plus pour proposer une observation neutre avec du recul. Bien que paraissant anodine voir même peut-être inintéressante pour certain.e.s d’entre vous, elle reflète un certain aspect des réseaux sociaux et des débats impliqués sur lesquels il est intéressant de se questionner. Comme pouvait le dire Mathieu Sommet dans les SLG, « j’ai choisi pour le contexte et non le contenu ».

Recontextualisons le tout !

Aya Nakamura, chanteuse très connue âgée de 25 ans, est née à Bamako au Mali puis a grandi à Aulnay-sous-Bois en Seine St-Denis. Wikipédia qualifie son genre musical comme de l’Afropop et du R&B, on sait que depuis quelque temps elle est l’artiste francophone la plus (ou l’une des plus selon certaines sources) écoutée à l’international. Souvent moquée, décrite comme superficielle, et même immature par certains internautes, ses chansons sont qualifiées de « yaourt commercial » « facile à faire » avec des paroles considérées comme incompréhensibles. Les avis semblent être assez tranchés à son propos et elle ne passe pas inaperçue dans les médias. Lorsque je fais défiler mon fil d’actualités Facebook ou que je regarde mes notifications sur mon téléphone, elle revient régulièrement alors que je n’écoute pas ses musiques, preuve en est de la résonance médiatique qui l’entoure. On pourrait parler d’une popularité impopulaire, du moins en France puisque nombre de ses musiques s’exportent à l’international avec succès. Néanmoins, dans cette polémique la concernant, ses musiques ne sont pas mentionnées ou alors que très peu et les habituelles remarques la concernant ne sont pas présentes. Ici, il s’agit surtout d’un débat autour du caractère raciste – ou non – de la parodie de sa musique. Le 9 octobre 2020, Aya Danioko de son vrai nom, publie son clip « Doudou » sur YouTube, dont le refrain parodié par Omar Sy est :

« Parle-moi doudou (ouais), aime moi doudou (ouais), montre-le-moi doudou (ouais), parle-moi doudou

Parle en français sois clair,

Tu ne peux pas le faire (non).

Quoi je veux faire le fê-fê-fête

C’est pour ça mais !

On est en osmose »

Doudou, un personnage de 15 ans

 Doudou pour Omar Sy représente un personnage créé pour l’émission de Canal+ diffusée de 2005 à 2012. Élaborée par Omar Sy, Fred Testot et Bertrand Delaire, cette émission dont l’objectif était de commenter l’actualité de manière caricaturale dans un format court par une succession de sketches où Omar et Fred interprétaient des employés d’un service après-vente prenant des appels téléphoniques de personnages fictifs. Parmi les personnages récurrents, nous avions Doudou, interprété par Omar Sy qui représente une caricature de ce qui est souvent appelée « la mama africaine ». Ce personnage et la chanson d’Aya Nakamura partageant le même nom, le 22 novembre, l’acteur français publie une courte vidéo de 31 secondes dans la peau de Doudou, chantant le titre avec ses archétypes caractéristiques : tenue et accent très insisté et exagéré.

Pluralité des avis

On observe deux ambiances sur Instagram et Twitter. Sur Instagram, les internautes semblent en grande majorité amusé.e.s tandis que sur Twitter on assiste à un véritable débat entre les personnes jugeant la parodie raciste car reprenant les stéréotypes de la femme noire et appuyant que cela n’a rien de drôle quand d’autres ripostent en invoquant le second degré.

Par ailleurs, en réponse aux personnes jugeant la parodie raciste, on trouve des personnes se réclamant de l’antiracisme qui affirment qu’il s’agit d’un soutien et non d’un dénigrement :

À noter en parallèle que sur Twitter, on voit bon nombre de commentaires défendant Omar Sy et/ou s’opposant aux personnes qualifiant la parodie de raciste. On observe des personnalités ouvertement antiracistes soutenir Omar Sy comme Assa Traoré qui,  rappelons-le, est la leader du mouvement « Justice Pour Adama », Adama Traoré étant le frère d’Assa Traoré tué par des policiers lors d’une arrestation le 19 juillet 2016. Assa Traoré qui dénonce dans ce mouvement la violence institutionnelle et le racisme systémique qui règnent dans la police. Il se trouve que cette dernière, très impliquée pour combattre le racisme et les violences racistes, est amusée par cette parodie..

Que signifie cette pluralité d’avis ?

La première observation tirée de cette polémique, est qu’il n’est pas question d’Aya Nakamura et de sa musique, la chanteuse n’a d’ailleurs pas réagi et ne semble pas vouloir s’exprimer. Celles et ceux qui s’opposent à l’acteur ne le font pas en tant que fans de la chanteuse mais bien à cause de ce qu’ils percoivent être raciste dans la parodie bien que parmi les personnes la défendant on trouve des individu.e.s connu.e.s ou non combattant le racisme et ce sont ces differentes formes et aspects de l’antiracisme que met en lumière cette polémique. On peut ici distinguer deux militantismes anti-racistes différents.  En allant regarder les profils des internautes, on se rend compte des opinions très hétéroclites, on y distingue toutes les catégories ethniques, sociales et culturelles. Néanmoins, si une caractéristique particulière devait ressortir parmi celles et ceux s’opposant à Omar Sy, c’est l’important usage d’Internet et de Twitter d’une part et d’une présence qui y est quotidienne avec des réactions et prises de positions très régulières sur des sujets tant socio-politiques que culturelles d’autre part.

Par ailleurs, Omar Sy occupe une position importante dans l’antiracisme français. Un des points forts de sa carrière est d’ailleurs son rôle principal dans le film Intouchables sorti en 2011, où le racisme – entre autre sujets – y est dénoncé. La personnalité préférée des français est d’ailleurs connue pour son engagement et a notamment soutenu les mouvements antiracistes après la mort de l’Américain George Floyd, publiant #ReveillonsNous un appel et une pétition  contre les violences policières en France.

« Ne soyons plus spectateurs d’un système violent, qui enterre les mémoires de ces morts dans l’oubli, qui jette systématiquement leurs noms dans la fosse aux non-lieux »  

Extrait de l’appel d’Omar Sy pour sa pétition #ReveillonsNous

Par ailleurs, depuis quelque temps certain.e.s accusent Omar Sy d’être trop absent et/ou de ne faire rire que les blanc.he.s, à cela on peut citer le film « Tout Simplement Noir » sorti le 8 juillet 2020, un film engagé où les acteurs-rices s’incarnent eux/elles-mêmes. Omar Sy se fait accuser par Jean-Pascal Zadi d’être sur les scènes internationales et de ne pas s’engager sur le terrain, ce à quoi Omar Sy affirme qu’il s’engage en Afrique connaît bien les problèmes mais la nécessité n’est pas la visibilité mais bien l’acte. Cette scène qui est similaire à sa réponse publiée sur Twitter quelques jours après la parodie postée : 

« Cessons de dire des bêtises […] Doudou, personnage masculin qui existe depuis 15 ans, dans le SAV, n’a jamais été là pour moquer. Un hommage ici au titre d’Aya qui s’appelle comme lui et un soutien face à tout ce qu’elle reçoit elle aussi de critiques aussi injustes et malveillantes. Je suis libre. Et la critique ici ne mène à rien à part diviser. Surtout,la vraie vie est ailleurs que sur Twitter et les vraies actions qui changent les choses aussi »

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