L’économie bleue 3.0, paru en 2018, est le livre choc de l’entrepreneur belge Gunter Pauli. Son ouvrage réconcilie l’irréconciliable : croissance économique et protection environnementale. Sa solution ? S’inspirer des écosystèmes.

Alors que les partisans de la décroissance se multiplient, Gunter Pauli leur oppose un nouveau modèle, baptisé « l’économie bleue ». L’entrepreneur propose de s’éloigner d’une économie qui repose sur le gaspillage des ressources naturelles. L’idée est simple : dans la nature, chaque espèce reçoit d’une autre les aliments dont elle a besoin. De même, nos déchets devraient toujours être pensés comme des ressources. C’est le pari fou de l’économie bleue : une économie circulaire où les déchets sont recyclés par l’intégration des flux d’énergie de la gravité, du soleil, de l’air et de l’eau. 

Se rendre comme élève et imitateur de la nature

Pourquoi inventer des solutions alors qu’elles se trouvent sous nos yeux ? Grâce à l’observation écosystémique et aux lois de la physique, une consommation durable est envisageable, et ce dans des secteurs variés : traitement des déchets et des eaux usées, régulation thermodynamique, ou encore préservation énergétique.

Ainsi, à l’école de Laggaberg, à Timrå, en Suède, le système de ventilation et d’ouvertures est une transposition de l’organisation d’une termitière. Les termites ont en effet la capacité fascinante de créer des cheminées dans lesquelles l’air se réchauffe et s’élève de façon prévisible et contrôlable. Imiter les termites c’est, en plus de réduire la facture énergétique, faire circuler un air frais et sain pour tous.

L’entrepreneur n’a de cesse de proposer des solutions innovantes et originales, sources d’économies et de nouveaux emplois. On peut évoquer entre autres, des prototypes de collecte d’eau qui s’inspirent du scarabée namibien, de colles inspirées des manipulations intramoléculaires du gecko, de molécules alimentaires pour remplacer les produits antifeu toxiques, ou encore de la réhabilitation des vortex pour dépolluer les cours d’eau.

Quand l’économie bleue réinvestit les territoires

Le livre abonde en projets tous plus astucieux les uns que les autres. Chaque projet est adapté aux conditions et aux besoins spécifiques d’un territoire.

Ainsi, en Colombie, dans la savane de Vichada de plus de 8000 hectares, c’est un territoire moribond, au sol acide infertile et à l’eau non-potable, qui a repris vie. A l’image d’Elzéard Bouffier, dans la nouvelle L’Homme qui plantait des arbres de J. Giono, Paolo Lugari a eu l’idée géniale de replanter une forêt tropicale selon les principes de la permaculture. Le Colombien a planté des pins des Caraïbes en symbiose avec des champignons mycorrhiziens. Les pins atteignent leur maturité en se nourrissant des rhizomes des champignons. Or, l’ombre projetée par les pins, protège le sol des ultraviolets, et rafraîchit le sol, ce qui favorise l’absorption des pluies et maintient le taux de carbone dont les micro-organismes ont besoin. L’eau purifiée est désormais exploitée localement, de même que la térébenthine des pins, utile dans la confection de carburant. Le chômage dans la région a chuté et le projet pourrait désormais s’étendre à 100 000 hectares. Les projets locaux environnementaux sont donc extensibles et échelonnables.

Changer les règles du jeu

Il existe toutefois des freins au changement qui tranchent avec l’optimisme de l’ouvrage.  Aussi, l’entrepreneur pointe du doigt le fonctionnement traditionnel entrepreneurial. La production d’une entreprise ne se focalise souvent que sur une activité principale, sans tirer meilleur parti de la valeur ajoutée des ressources locales. Les produits qui circulent le plus rapidement (mais pas forcément ceux avec les meilleures marges) sont privilégiés. Ainsi, dans le secteur du café, qui produit 90 millions de tonnes de déchet par an, une entreprise comme Nestlé, préfère financer une production énergétique au prix fort, à partir de ses rejets, plutôt que de les utiliser sous forme de champignons fertilisants et de substrats pour le bétail. D’après l’entrepreneur, Nestlé passerait à côté de 15 milliards d’euros de revenus supplémentaires. Néanmoins, associer Georges Clooney à des délicieux champignons, c’est sans doute un pas que l’entreprise n’est pas prête à franchir.

L’économie bleue ne sera donc une réalité, qu’à condition de penser communément l’entreprise à long terme, et à interconnecter les problèmes pour créer des opportunités. A cette condition elle deviendra une réalité tangible.

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