Le 20 octobre dernier, la Bolivie votait afin d’élire son nouveau président. Le dépouillement des bulletins de vote ayant été soudainement interrompu, le pays est plongé dans le doute et les accusations de fraude, le conduisant ainsi à une mobilisation générale et à la révolte citoyenne.

Depuis quelques jours, la Bolivie se trouve dans une situation politique totalement inédite et controversée. Le dépouillement des bulletins de votes à été suspendu, mettant ainsi le peuple et les adversaires de l’actuel président, qui se présente pour la quatrième fois, dans l’incompréhension et la peur d’une tentative de fraude imminente. Manifestations, grève générale ou encore démission, le peuple s’unit par crainte de voir la démocratie s’éloigner peu à peu de leur pays. Laissés devant des résultats incertains, les citoyens réclament des explications, allant jusqu’à la violence pour obtenir justice en l’exercice de leurs droits. 

Une situation politique inédite

Au pouvoir depuis maintenant 14 ans, Evo Morales cumule 3 mandats consécutifs et ne souhaite décidément pas en rester là. C’est à ce dernier que l’on peut attribuer l’instauration d’une assemblée constituante qui rédigea une nouvelle Constitution adoptée en 2009, prévoyant de limiter le nombre de mandats à deux, une mesure qui n’a pas été mise en place et lui a permis de se représenter la même année ainsi qu’en 2014 et d’être élu chaque fois dès le premier tour. Ce dernier fait campagne en mettant en avant son bilan économique et la nécessité de poursuivre les grand projets mis en œuvre sous ses précédents mandats. La Bolivie voit ainsi son PIB multiplié par trois et le taux de pauvreté divisé par deux au cours des quatorze années de sa présidence.  Cependant, la chute des prix des matières premières provoque un certain ralentissement économique, qui mène à une remise en cause du système économique bolivien de ces dernières années.

Un manifestant s’est crucifié devant le Tribunal suprême électoral qui a autorisé au président Evo Morales de briguer un 4e mandat. À La Paz, le 5 décembre 2019.
Crédit : REUTERS / David Mercado

Le pays se trouve actuellement en face d’un phénomène bien inhabituel, en effet, pas de nom donné au 1er tour de l’élection cette année mais un second tour de prévu, le 15 décembre prochain. Les élections de 2019 sont marquées par une soudaine remise en question de la légitimité du président sortant ainsi qu’une montée virulente de l’opposition qui accuse le gouvernement de dérive autocratique. La première fois qu’Evo Morales est emmené au second tour prend alors la forme d’un référendum sur sa personne, le vote ressemblant plus à un choix entre Morales ou pas, plutôt qu’à un vote entre deux candidats.

La Bolivie se retrouve notamment dans une situation de chaos due à l’arrêt soudain du dépouillement des bulletins de vote, le gouvernement se retrouvant ainsi assailli d’accusations de fraude qui mènent peu à peu le pays dans un contexte de crise politique. 83% des votes ont été dépouillés actuellement, provoquant ainsi la révolte des citoyens. L’opposition refuse de connaître les résultats, cet arrêt soudain du dépouillement leur paraît frauduleux et appelle à la mobilisation citoyenne contre une éventuelle tentative de fraude. L’incompréhensionrègne dans le pays, les résultats divergent, certains annoncent même que Morales serait vainqueur au premier tour. Ce 21 octobre, de nouveaux résultats sont publiés, correspondant à 95% des bulletins de vote. Ces derniers donnent Evo Morales en tête avec 46,87%.  

Une révolte citoyenne mais aussi concurrente

L’arrêt de la publication des résultats semble suspecte aux yeux de l’opposition, qui va jusqu’à accuser le gouvernement de commettre une fraude électorale. Le concurrent principal d’Evo Morales, le centriste Carlos Mesa pourrait potentiellement voir apparaître devant lui la victoire, ayant réussi au cours de sa campagne, à réunir des aussi bien des ralliements de gauches que de droite, une situation qui peut nous sembler manifestement familière et nous amener à penser que le centrisme attire et réunit de plus en plus, aux quatre coins du monde. Selon l’OAE (Organisation des États Américains), cette situation pourrait conduire à une perte totale de confiance en leprocessus électoral de la part des citoyens.

L’appel à la mobilisation n’est pas sans conséquence, en effet, le tribunal de la ville de Sucre, capitale du pays, a été incendié par la foule en colère qui réclame des explications et craint pour la démocratie. À Riberalta, la foule a été jusqu’à renverser la statue de l’ancien président vénézuélien Hugo Chavez, qui maintenait de bons liens avec Evo Morales durant sa présidence. Parmi ces nombreuses révoltes, un appel à la grève illimitée à été lancé et est effectif depuis le 23 octobre à minuit (heure locale), un mouvement qualifié par Evo Morales de « tentative de coup d’état ». La protestation continue également avec la démission du vice-président de la commission électorale, jugeant l’interruption du dépouillement des bulletins de vote comme « provoquant une convulsion sociale inutile ». 

Affrontements entre partisans et détracteurs du président Morales. À La Guardia, près de Santa Cruz, en Bolivie, le 24 octobre 2019.
Crédit : AFP- Daniel Walker

Evo Morales, homme imbattable ?

Malgré les nombreuses révoltes, Evo Morales annonçait ce jeudi lors d’une conférence de presse, avoir d’office remporté l’élection présidentielle, assurant avoir obtenu dix points d’avance sur son adversaire Carlos Mesa, la condition nécessaire afin de reporter l’élection au premier tour. C’est donc sur cette affirmation qui concerne que 98% des bulletins de vote que Morales s’auto proclame désormais président de la Bolivie. Les citoyens craignent pour la démocratie tandis que l’opposition critique une avancée de plus en plus prenante vers l’autocratie.

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