Durant les dix dernières années, la Birmanie a tenté une transition d’un régime autoritaire mené par l’armée vers un régime démocratique plus libre. Cette transition de longue date s’est trouvée brutalement arrêtée le 1er février dernier suite à la victoire écrasante du parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), au profit d’un coup d’état militaire qui fait à nouveau sombrer le pays dans la violence et la peur.

UNE DUALITÉ POLITIQUE QUI PEINE À TROUVER UN ÉQUILIBRE.

En Novembre 2020, la LDN s’impose aux élections législatives avec 82% des voix contre le parti de l’opposition : le parti de l’union, de la solidarité et du développement (USDP), fondé et cadré par les héritiers du régime militaire. Cette victoire assure alors l’incontestable popularité de celle que l’on appelle la « Dame de Rangoun » et illustre avec brio la volonté du peuple birman de continuer sur le chemin d’un pays qui adopte des mesures politiques plus progressistes. Or, quand bien même la victoire du Parti démocrate est indiscutable et leur assure 82 % des sièges à la Chambre basse du Parlement, le parti devra cohabiter avec son opposant, l’USDP, qui se voit attribuer un quart des sièges du Parlement. Le Parti militaire avait, au préalable, imposé le droit de pouvoir revenir à tout moment dans la Constitution. Une mesure paradoxale dans un pays où la volonté du peuple d’effectuer une transition vers un régime démocratique ne fait aucun doute, mais qui démontre tout de même la menace permanente du parti militaire qui se cache dans l’ombre d’Aung San Suu Kyi et de son parti.

LE COUP D’ÉTAT MILITAIRE DU 1ER FÉVRIER.

Cette victoire est inévitablement contestée par le parti de l’USDP qui appelle à un recompte des votes en accusant le parti démocrate d’avoir fraudé les élections. L’armée, voyant l’imposante montée en popularité de la LDN, craint d’être écartée du pouvoir de manière permanente. La riposte de l’armée ne se fait pas attendre  : le 1er février, l’armée lance un coup d’État. Aung San Suu Kyi et le président de la République Win Myint sont arrêtés et assignés à résidence, tandis que l’armée proclame l’état d’urgence pendant un an et place ses généraux à la tête du pays qui bascule à nouveau sous l’autorité militaire. Le pouvoir, à présent entre les mains de l’armée, est représenté par deux figures du parti militaire : le chef de l’armée, le général Min Aung Hlang, à qui revient les pouvoirs administratif, législatif et judiciaire, et Myint Swe, un autre général, désigné président par intérim.

RÉPRESSIONS ET MANIFESTATIONS PRO-DÉMOCRATIQUES.

Depuis le coup d’État de l’armée, les manifestations et contestations ne cessent dans le pays. Elles sont principalement orchestrées par des jeunes qui se défendent avec leur propre arsenal artisanal principalement composé d’arcs et cocktails Molotov. Le pays entier devient un théâtre de violence sans pareil martelé par les attaques et les arrestations à répétition de l’armée non seulement contre les manifestants, mais également contre les civils dont des enfants. À ce jour, on compte pas loin de 600 personnes tuées dans les affrontements contre les militaires, 90 d’entre eux ont d’ailleurs trouvé la mort ce samedi lors du « week-end sanglant, » marquant la journée la plus meurtrière depuis le début de la contestation. Le nouveau parti au pouvoir ne lésine pas sur les moyens pour assurer son autorité, l’armée donne « le pouvoir administratif et judiciaire de la loi martiale au commandant régional de Rangoun pour qu’il l’exerce (…) afin d’assurer la sécurité, de maintenir l’Etat de droit et la tranquillité plus efficacement, » selon la presse locale.

LES PUISSANCES INTERNATIONALES CONDAMNENT LA RÉPRESSION.

Face à cette situation, les États-Unis annoncent qu’ils sont prêts à lancer des sanctions contre la junte birmane : « nous allons définir une première série d’objectifs cette semaine et nous allons également effectuer des contrôles stricts sur les exportations, » annonce le président Joe Biden. De l’autre côté de l’Atlantique, le Conseil européen annonce des sanctions contre les leaders de l’armée birmane et des entreprises dirigées par l’armée, tandis qu’Amnesty International appelle à saisir la cour pénale internationale. Or, la Chine, dont le président Xi Jinping avait qualifié la Birmanie de « pays au destin partagé, »  se retrouve à un dilemme : prêter son soutien à l’armée ou se ranger du côté d’une population de plus en plus anti-chinoise. Des médias chinois ont depuis publié des brèves indiquant que Pékin pourrait être amené à «prendre des mesures drastiques (…) si les autorités ne peuvent mettre un terme au chaos, » en faisant référence aux 32 usines à capitaux chinois qui ont été incendiées dimanche à Rangoun.

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