30 sarcophages de prêtres égyptiens ont été trouvés samedi 19 octobre dans une cache de la nécropole d’Al-Assassif à Louxor, dans le sud-est egyptien. Cette découverte qui sera la clé d’avancées notoires dans le domaine de la recherche relance aussi la problématique du tourisme en Egypte.

Samedi 19 octobre, une équipe d’archéologues et conservateurs égyptiens a découvert dans la région de Louxor 30 sarcophages en bois peint. Ces sarcophages, que les scientifiques estiment avoir plus de 3000 ans, sont dans un état presque parfait et dateraient du 10ème siècle avant J-C. Le Ministère égyptien des Antiquité considère ces sarcophages comme « l’une des plus grandes et des plus importantes découvertes de ces dernières années ».

Un intérêt scientifique majeur

Ce trésor archéologique est déjà considéré comme une importante avancée pour la recherche. Ces tombeaux ornés de décorations dans un état de conservation exceptionnel sont d’une grande richesse pour appréhender avec plus d’exactitude les rituels mortuaires de l’Egypte Antique. Les couleurs, notamment le rouge, le vert, le jaune et le noir, ainsi que les dessins représentant des serpents, des oiseaux et des fleurs de lotus, sont très lisibles. À travers ces objets funéraires nous pourrons, à terme, en apprendre plus sur la vie quotidienne des Egyptiens de l’antiquité. L’observation des sarcophages et des momies, parfaitement conservées elles aussi, ont révélé qu’il s’agissait d’une famille de prêtre de la 22e dynastie. En outre, cette trouvaille est constituée du plus grand tombeau trouvé depuis la fin du 19ème siècle.

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Crédit : Khaled Desouki

Louxor, trésor archéologique

Ces sarcophages sont issus d’un temple antique déterré lors de travaux entrepris pour creuser des canalisations. Peu de temps avant, une ancienne zone industrielle chargée de la production des décorations pour les tombes royales avait été découverte près de la Vallée des Singes, concentrant à cet effet plus de 30 métiers différents. De nombreux vestiges ont déjà été trouvés dans cette régions d’une rare richesse archéologiques : le temple d’Amon, les colosses de Memnon, ou encore la nécropole thébaine en sont quelques exemples. Cette richesse historique est liée à son passé de capitale, puisque Louxor réside sur l’ancienne ville de Thèbes fondée au 22ème siècle avant J-C. Elle est le témoignage de presque 20 siècles de domination égyptienne, avec toutes les évolutions que cela suppose. De ce fait, Louxor reste un haut lieu de la recherche en archéologie et conserve un fort attrait touristique. Le tourisme représente une part substantielle de l’économie egyptienne et fait vivre les 450 000 habitants de la ville, grâce à la venue d’environ 4 millions de touristes par an. 

Egypte et tourisme : l’archéologie et ses enjeux politiques

Au-delà de l’aspect scientifique de cette fouille, la découverte de ces sarcophages remet sur le devant de la scène la question de l’industrie du tourisme en Egypte, en berne depuis la révolution de 2011. Le tourisme avait alors baissé de 80% en février, 60% en mars et 35% en avril, touchant fortement un secteur économique important, le tourisme représentant 11% du PIB en 2010 et faisant vivre 13% de la population. La prise de pouvoir par les Frères Musulmans, organisation islamiste officiellement considérée comme terroriste par le gouvernement égyptien, à la suite du printemps Arabe et le renversement politique provoqué par l’armée à l’encontre de Mohamed Morsi ont été la cause d’une forte instabilité politique qui se traduit encore aujourd’hui par la récurrence d’attentats. Ainsit, l’Egypte est un pays considéré comme « à risque » par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français qui appelle les touristes à une grande vigilance. Ces troubles politiques et la méfiance qui en découle explique donc la difficulté qu’a l’Egypte de retrouver son attrait touristique d’antan.

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Les vestiges seront conservés au Grand Musée Egyptien situé dans capitale du pays. Ce projet à grande échelle et couteux (estimé à 1,1 milliard de dollars) ne sera livré qu’en 2021, après 19 ans de construction ponctués par révolutions, attentats et ralentissements de l’économie du pays. Aujourd’hui, ce musée est pour le pouvoir egyptien une opportunité de relancer le tourisme et de refaire de l’Egypte la vitrine des musées et des monuments archéologiques. Au travers d’une image profondément ancrée dans le passé, à mi-chemin entre la réalité et la construction, l’Égypte tente de se moderniser et de vendre une image bien éloignée du quotidien de ses habitants. Une posture d’autant plus paradoxale que l’Egypte est parfois accusée de ne pas correctement conserver son patrimoine archéologique. 

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